En fonction de son style, de ses goûts et de son humeur prédominante au guidon, chaque motard peut transformer sa moto en une sorte de prolongement de son être. Canasson du vingtième siècle, la bécane a ce quelque chose de vivant qui la rend plus facilement modifiable que n’importe quel autre moyen de locomotion. Phénomène de plus en plus répandu, l’équipement de base d’un amateur de deux roues est aujourd’hui complété par les outils nécessaires à la découpe d’un cadre, et il ne serait pas fou de penser qu’un équipementier pourrait offrir une disqueuse ou un poste à souder pour l’achat d’un produit. Comme le prolongement de lui-même, le motard adapte son cadre à sa morphologie, la peinture à sa tenue préférée, les courbes de la moto selon ses désirs et les performances à ses fantasmes de pilote : l’unique critère inscrit au cahier des charges étant de faire corps avec sa machine. À chacun sa technique, à chacun sa direction artistique, une moto doit être comme son propriétaire : unique.

C’est à deux pas de la place de la Bastille que se tient la quatrième édition du Midnight Garage, organisé par l’équipe de 4h10. Dès notre arrivée dans les lieux, nous tombons nez-à-nez avec les carénages profilés d’un dragster des Sultan of Sprint, jonché sur une estrade rouge nous sautant au visage. L’endroit est torturé, entre cave et étage, sur plusieurs niveaux, mais les motos ont de la place pour s’exprimer. Idée lumineuse, la mise en valeur de chaque machine est offerte par de nombreux néons colorés. Chaque réalisation peut alors être observée sous toutes ses coutures.

Nous nous prenons vite au jeu, à détailler les machines, à noter quelques idées dans un coin de nos têtes, à se pencher, à discuter avec un inconnu sur la provenance de telle ou telle pièce, ou à fantasmer devant les trompettes des carbus mises en valeur par des cadres souvent dépouillés de tout artifice. Ça nous plaît, d’autant qu’entre une Harley, une moto de piste et une jolie anglaise il y a de quoi échanger, s’imaginer rouler avec, arriver en trombe devant la terrasse d’un bar ou pourrir des copains sur les petites routes. Réussir à donner ce genre de sensation en présentant des machines en statique est une prouesse qu’il faut saluer, on est loin des salons trop guindés et c’est tant mieux.

Par chance, car à force de discussion la zone buccale devient saharienne, l’organisation a prévu de quoi s’hydrater. Un énorme bar prend place dans la salle accueillant les marques officielles. L’occasion de boire une bière en découvrant des nouveautés, et force est de constater que les marques surfent, elles aussi, sur la vague de la customisation néo-rétro. Honda, Moto Guzzi et Triumph tiennent des stands où trônent des bécanes néo-rétro, et la marque anglaise profite même du moment pour présenter la dernière Rocket, sorte de dragster sur deux roues. Nous sommes aussi surpris de découvrir des motos neuves mélangeant style néo-rétro et des assortiments de coloris très typés eighties. Comme quoi, même pour des amateurs de vieux clous, une machine récente peut encore susciter de l’intérêt en 2019.

À chacun sa technique, à chacun sa direction artistique, une moto doit être comme son propriétaire : unique.

Le Midnight Garage est aussi l’occasion de rencontrer des artistes travaillant sur d’autres support. Une zone est entièrement dédiée à l’équipement du pilote. Dépourvu d’une carrosserie pour l’habiller, le motard se doit d’être beau. Puis si sa machine est modifiée selon sa tenue préférée, alors il se doit d’en avoir une. Nous croisons les filles d’Eudoxie, venue exposer leur collection, mais nous découvrons aussi d’autres marques. Un point commun entre tous les vendeurs présents, ils proposent uniquement des produits de goût et de qualité.

Dans les étages, nous croisons Noémie, dessinatrice de talent que nous avions interviewée dans l’Edition 02.  L’occasion de discuter, mais surtout de réaliser qu’en plus des motos, le Midnight permet aux artistes s’inspirant du milieu mécanique de venir exposer. Les murs des couloirs sont habillés par des photos, des peintures, et une salle est réservée pour faire office de librairie et de joaillerie.

Finalement, si Julien et moi n’avions pas la même appréhension en s’y rendant, nous avons passé une bonne soirée au Midnight Garage. Amateur de moto pour l’esthétisme qu’elles offrent, mon acolyte n’a pas loupé un évènement depuis trois ans et, au-delà des motos, il adorait s’y rendre pour le côté underground et aérien du lieu où se passait les précédentes éditions. De mon côté, je n’avais pas connaissance d’une telle exposition, et malgré les échanges rassurant avec Julien, j’ai eu peur de me retrouver au milieu de motards victimes de la mode, et donc de participer à quelque chose de surfait. Il n’est rien de tout ça, puisque cette exposition d’un week-end permet aux passionnés de se retrouver dans la capitale, que les bécanes exposées sentent la poudre et transmettent l’envie de prendre la route. Le Midnight Garage est une belle exposition qui permet de profiter de l’ambiance associée aux deux roues et d’échanger autour d’une bière bien fraîche !