Texte & Photos : Simon Laufer

7h00, le réveil sonne, c’est l’heure.

L’université ne me laissant que peu de temps libre à cette période de l’année je m’accorde une fenêtre de quelques heures pour me rendre au château de Coppet, afin de participer à l’événement automobile le plus charmant de l’arc lémanique.

Le Concours d’Élégance Suisse, à l’image de Villa d’Este ou Pebble Beach, est une ode à l’automobile classique d’exception. Offrant aux simples curieux comme aux plus avertis une valse de galbes excentriques et élégants gravitant autour de l’immense fontaine du château, accompagnée par un orchestre mélangeant percussions et cuivres accordés par le brio des plus grands ingénieurs du 20ème siècle.

Cet événement, bien qu’existant depuis plus de 90 ans, n’est qu’à sa 4ème édition depuis sa reprise par Mathias Doutreleau. Ce jeune âge offrant une grande flexibilité à l’égard de l’organisation, témoigne cependant d’une personnalité encore peu ancrée, presque désinvolte. Je vais y revenir.

L’événement commença par une présentation de Mr. Achim Anscheidt, directeur du design chez Bugatti, sur l’évolution du design de la marque. Outre l’intérêt évident que portait le sujet de la présentation, notre orateur délecta les journalistes présents de plusieurs anecdotes sur la famille Bugatti. J’appris notamment que l’iconique calandre Bugatti ne représentait initialement pas un fer à cheval, mais le profil d’un œuf. Ettore Bugatti considérait en effet cette forme comme étant « parfaite », mais dû la revoir afin de rendre ses voitures plus performantes (pensez notamment aux Bugatti Type 35…etc.). La présentation se termina sur l’importance, aux yeux de Mr. Achim Anscheidt, du « coach building ». Ce dernier nous réjouissant des futurs projets tel que « la voiture noire », plus en adéquation avec l’esprit initiale de la marque.

Une fois la présentation terminée, je me suis dirigé vers la réelle attraction du jour. Je pouvais alors observer les jeunes comme les plus âgés flâner entre les différentes classes que présentait cette 4ème édition du Concours d’Élégance Suisse.

Qu’il s’agisse de Ferrari des année 60, Bentley des années 30, de voitures uniques ou carrossées par des noms évocateurs, tous trouvaient leur bonheur. Mes connaissances pre-années 60 étant plus limitées, je ne pu certainement pas profiter pleinement du spectacle, mais voir ces innombrables automobiles fut un réel plaisir.

Il existe chez ces voitures d’exception une aura qui appel le spectateur, qu’elles que soient ses connaissances.

Leurs proportions, mécaniques, histoire ou sonorité captent nos sens et résonnent en nous.

Lors de cette édition, mon intérêt fut tout particulièrement attiré par une Bugatti Type 59 Grand Prix. Malheureusement pas aussi victorieuse que les Type 35, la Type 59 garde cependant l’unique pédigrée de la marque. Cette dernière était peinte d’un superbe vert foncé, la queue de la voiture était, quant à elle, argentée. Quel spectacle que sont ces anciennes voitures de course à mécaniques apparentes, qu’il s’agisse d’engrenages, câbles, chaînes, leviers…etc.

Un peu plus loin mon chemin croisait une Alfa Romeo 6C 2500 SS « Villa d’Este » bordeaux en provenance d’Allemagne. Célèbres pour leurs lignes intemporelles, cette dernière ne faisait pas exception à sa réputation. J’apprécie tout particulièrement l’absence de jointure entre les deux fenêtres latérales afin d’alléger le profile. Une absurdité totale qui ajoute au charme de l’auto.
Quelques mètres à côté, une autre Alfa Romeo 6C 2500 SS « Coupe », d’un gris somptueux, venait compléter la sélection des 6C 2500 présentes au concours.

« l’absence de jointure entre les deux fenêtres latérales […] une absurdité totale qui ajoute au charme de l’auto. »

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« l’absence de jointure entre les deux fenêtres latérales […] une absurdité totale qui ajoute au charme de l’auto. »

Couronnant la sélection des voitures m’ayant particulièrement marqué lors de cette édition, une Ferrari 250 TDF grise « single louver » siégeait au fond du parc en compagnie d’une 250 SWB et de deux Daytona ! De toute beauté !

Je continuais mon chemin, vacant entre les Delahaye 135, Bugatti de tous les Types, de la Mercedes 300SL à la Lancia Stratos, en passant par une Aston Martin DBSC (!), une Hispano-Suiza K6 et d’innombrables DS. J’observais un petit, tenant la main de son grand-père, demander la permission de s’approcher d’une DB2, un homme prenant son épouse en photo devant une Jaguar SS, un homme âgé souriant en voyant une BMW 328 roadster. Quelle ambiance…

Enfin, comment écrire au sujet de cette 4ème édition sans mentionner le 100ème anniversaire de Bentley ! 3 Litres Red Label, Speed 6, 8 Litres Drop Head Coupé, R-Type Continental Fastback, S1 Continental et j’en passe. Un somptueux arrangement rendant hommage à l’histoire de la marque par une pléthore de modèles emblématiques.
Je fis d’ailleurs la découverte de la Mark VI Facel Métallon, une Bentley aux airs surprenant de Facel Vega.

Alors qu’il est gentiment l’heure pour moi de quitter l’événement, je me dirige vers peut-être la seule fausse note de la journée. Lors de cette 4ème édition, l’organisation a décidé de joindre le concours à un événement parallèle le « Epicurean Day ». Il s’agit d’un événement automobile se concentrant sur les « hypercars » modernes, et plus précisément sur la fibre de carbone. Pensez aux McLaren P1, Maserati MC12, Bugatti Veyron…etc. Force est d’admettre que le plateau était particulièrement impressionnant, mais peut-être un peu hors propos à l’égard de l’événement principal, car se concentrant sur un aspect de l’automobile aux antipodes de l’élégance. J’en reviens alors au point abordé au début de cet article. En voulant peut-être se différencier d’autres concours d’élégance, attirer un plus grand spectre de spectateur ou simplement en cherchant encore son identité, en organisant en parallèle un événement dédié aux hypercars, le Concours d’Élégance Suisse a dans une certaine mesure perdu un peu de son authenticité à mes yeux.

Bref, c’est l’heure, la réalité me rattrape. Alors que je me dirige vers la sortie, je ne peux que laisser mon regard fuir encore une fois sur ces vieilles automobiles. Je me surprends à ne pouvoir m’empêcher de « juste encore voir celle-ci », ou « prendre encore une dernière photo ». Un galbe, une courbe, un détail. La seconde que je m’étais accordé se transforma rapidement en minutes, puis en retard.

Bien qu’attristé de devoir quitter en vitesse le château et son merveilleux parc, je ne pus m’empêcher d’esquisser un sourire en pensant déjà à la prochaine édition d’un événement si attachant.