Texte & Photos : Benoît Filin

Depuis maintenant quelques années l’idée de poser mes roues sur les légendaires routes Irlandaises me trotte dans la tête, mais le refus de l’obstacle logistique me rattrape sans cesse et tue toute tentative dans l’œuf. Mais cette fois-ci, c’est décidé rien ni personne ne m’en empêchera ! Je devrais dire « nous », car c’est avec ma copilote sur la route comme dans la vie que ce roadtrip aura lieu. Tout a débuté avec la réservation des billets de ferry indispensables à cette longue traversée que nous ferons à trois, Mélanie, Moi et bien évidemment notre fidèle destrier bleu.

Je vous propose de vous présenter la pépite qui porte le doux nom de « Dirty Del Sol » ! Que ce soit sa ligne atypique, son style des années 90 ou encore son toit Targa, ce petit coupé japonais a tout pour plaire. Son moteur volontaire de 1,6L et 127ch ne demande qu’à être cravaché. Au niveau châssis, on est sur une consistance proche du malabar mâché trop longtemps, mais avec le temps j’ai appris à l’apprécier pour ses défauts.

Une fois les billets réservés, il restait à faire un gros check-up de la voiture, pour qu’elle soit prête pour ce périple au pays de la Guinness. Vidange, nettoyage des injecteurs, remplacement des pneus, des filtres, remplacement des plaquettes de freins… bref tout y est passé. Elle a même eu droit à une touche de technologie avec un nouvel autoradio qui nous permettra d’écouter « When the rain begins to fall » en Bluetooth !

Les semaines s’égrènent et nous ne sommes plus qu’à un mois du départ, insouciants que nous sommes, nous nous réjouissons déjà… mais c’était sans compter sur les petites farces de la vie.

Premier coup de Trafalgar, nous recevons un sympathique message de la compagnie du ferry nous annonçant que celui-ci n’effectuera pas la traversée « pour cause d’avarie mécanique »… S’en suit une phase de panique, suivi d’une phase de résignation, puis vient le temps de l’activation du truc qui flotte dans nos crânes respectifs. En effet une seconde compagnie assure la traversée et dispose de places le jour même de notre départ prévu. Ni une ni deux, on saute sur cette solution libératrice, c’est bon, l’aventure continue ! Le départ se fera de Cherbourg et non de Roscoff, l’arrivée à Dublin au lieu de Cork, mais le principal c’est que nous arrivions sur l’île des Leprechauns.   

 

L’esprit reposé après cette grosse frayeur, nous ne voyons pas arriver le petit grain de sable qui va venir se loger dans la mécanique… Et en parlant de mécanique, à quelques semaines du départ, lors d’un petit trajet habituel, une odeur assez reconnaissable fait son apparition dans l’habitacle de la Honda. Après quelques kilomètres, plus aucun doute n’est permis, c’est une odeur de frein chaud ! Nous nous arrêtons sur le bord de la route et là il n’y a plus qu’à constater… Le disque arrière gauche a sacrément chauffé et l’ensemble de la roue est bouillant, après avoir ramené sagement la voiture à un endroit où je pouvais l’ausculter tranquillement, je constate qu’il s’agit de l’étrier qui fait des siennes, chiant mais pas si grave. Le disque n’a pas l’air d’être voilé, le lendemain je me décide à faire une vidange du système de freinage pour voir si cela règle le problème, tout semble rentrer dans l’ordre. Mais, deux jours avant le départ, le problème réapparaît, et cette fois-ci je sens que le disque n’a pas résisté à la chauffe, il est légèrement voilé. Un étrier commandé en urgence n’arrivera jamais à temps, il est temps de prendre une décision… Je mets toute ma confiance dans cette voiture qui ne m’a jamais fait faux bond et acte le départ comme prévu le jeudi 6 juin en direction de Cherbourg.

Vendredi 7 Juin, Cherbourg

Après un trajet Bordeaux – Cherbourg plus que monotone, avalé en deux fois, nous arrivons à l’embarcadère où nous allons prendre le ferry d’ici quelques heures. Je suis rassuré, rien d’anormal n’est à signaler et l’auto se porte bien. Après quelques instants d’attente le signal est donné et les files de voitures se vident, il est l’heure de rentrer dans la bête ! C’est une première pour Dirty Del Sol et pour nous aussi d’ailleurs, nous sommes impressionnés par les entrailles du ferry et le soin apporté à l’agencement des voitures pour la traversée. Avec un léger pincement, nous laissons notre monture entre un SUV deux roues motrices et une monospace au mazout, nous nous retrouverons 300 miles nautiques plus loin…

Dublin est en vue après 16h de mer, l’excitation monte et il ne me tarde qu’une chose, retrouver ma place au poste de conduite et commencer à explorer cette île qui m’a toujours fait fantasmer. Nous touchons terre, l’ordre de regagner les véhicules est crié dans les hauts parleurs grésillants du ferry et là je me précipite, me faufile, joue des coudes pour retrouver celle que nous avons laissée il y a maintenant presque 18h. Elle est là, à nous attendre patiemment, nous sommes bien reposés, alertes, prêts à en découdre avec la masse des véhicules sans goût encombrant le ventre de ce navire prêt à dégueuler. Les feux du véhicule me précédant s’allument, comme le signal du départ d’une course, je démarre et… et… j’attends… Le débarquement du ferry se fait à rythme de sénateur, nous nous avançons enfin vers la lumière et touchons le bitume irlandais ! Après les formalités de douane nous sortons de la zone de débarquement et là commence la gymnastique de la conduite « du mauvais côté ». Heureusement ce n’est pas ma première fois, mais c’est quand même un sacré défi pour mon petit cerveau français !

L’auto est en forme je suis dans mon élément et la copilote est plus affutée que jamais, il est temps de l’explorer cette Irlande tant désirée…

Premier contact : Guinness Lake – Sally Gap

Nous nous échappons très vite de Dublin pour rallier le Lough Tay aussi appelé « Guinness Lake », et là nous avons un aperçu de l’impressionnante beauté de l’Irlande. Nous tombons face à un lac d’un noir si profond qu’il s’en dégage une aura presque maléfique ! La route le surplombant est quant à elle un régal, le point de vue est si parfait qu’il est difficile de rester concentré sur la conduite, heureusement Mélanie ma copilote veille au grain et m’avertit du moindre défaut de la chaussée et m’annonce les virages haut et clair. Nous faisons une petite halte pour profiter de la vue, un cycliste local prend le temps de discuter avec nous et nous souhaite bon voyage, nous sautons dans la voiture qui a à peine eu le temps de souffler et repartons explorer le Sally Gap. Le paysage est rugueux, presque hostile et nous, nous sommes réfugiés sur ce radeau qu’est la route, profitant de ses courbes et virages qui s’enchaînent dans un rythme presque musical. Depuis notre pause nous avons osé retirer le toit pour profiter pleinement de l’environnement, mais en arrivant à un croisement mon 6e sens de météorologue se réveille, l’énorme nuage gris s’avançant vers nous contribue à confirmer mes craintes… La pluie arrive et elle arrive vite ! Il est grand temps de tester ma vitesse de « recapotage », je me précipite dans le coffre, saisis le toit encore chaud, le réinstalle en place et le verrouille. En l’espace de 15 minutes le temps est passé du grand soleil à la tempête de grêle, l’irlandais croisé précédemment nous avait prévenu  » le temps change vite ici », nous sommes désormais avertis !

Nous continuons notre route et le soleil revient 10 minutes plus tard aussi vite qu’il était parti, il est temps de se débarrasser une nouvelle fois du toit, mais quelque chose me dit qu’il faudra être réactif durant ce road trip. Le soir nous rejoignons notre B&B à Castletown, notre hôte nous conseille un pub non loin de là. Quand nous arrivons sur place le lieu est désert et nous sommes clairement les seuls touristes dans le coin, malgré ça nous nous installons et commandons l’élixir local, en pinte bien sûr. Une heure plus tard, nos verres de Guinness sont vides et le pub est plein, l’ambiance y est chaleureuse, c’est « the place to be », un vrai lieu de rassemblement pour les locaux toutes générations confondues. Une première soirée qui nous montre un autre aspect du pays, la convivialité des Irlandais.

Le temps de quelques verres et nous avons « planifié » la journée suivante, je laisse les clés à ma copilote qui se fait une joie de nous conduire jusqu’à notre halte pour la nuit.

Direction l’Irlande du Nord :
Côte Est – Glendalough – Old Military Road

Le soleil brille, l’air est frais, le toit est à sa place dans le coffre, tout est réuni pour faire de cette journée un régal. Nous nous dirigeons donc vers la mer et ses petites routes côtières, la co-pilote fait des merveilles et nous guide sur les plus beaux itinéraires du coin d’une main de maître. La voiture paraît à son aise dans ce contexte, la mer à droite, le temps au beau fixe et un trafic quasi inexistant, que demander de plus. Nous traversons Arklow et filons à l’irlandaise jusqu’à Wicklow où nous faisons une halte et dévorons un « full Irish », petit déjeuner typique et copieux qui fera aussi office de déjeuner. Après une petite visite de la ville, vient le tour de remplir l’estomac de notre monture, et là horreur, pas de SP98 à la pompe ! Après un bref instant de déception, je me résous à lui faire ingurgiter du SP95 non sans regret. En repartant nous roulons avec une belle petite MG B Gt dont je félicite le propriétaire à la première occasion, j’allais plus tard me rendre compte que cette petite anglaise était plutôt populaire auprès des « petrolheads » irlandais.

Après cette sympathique rencontre, nous nous dirigeons vers le site de Glendalough en empruntant une route serpentant dans une forêt plutôt vallonnée, je ne boude pas mon plaisir et hausse légèrement le rythme, je commence à me faire à ce côté de la route tout compte fait. Nous finissons la journée par une visite du site plutôt humide et dormons le soir même dans une auberge à proximité.

Le lendemain nous décidons de nous lever assez tôt pour profiter de la lumière du matin et en allant vers la voiture nous ne nous attendions pas à tomber nez à nez avec une biche qui a sûrement été attirée par la ligne racée de notre Dirty Del Sol… Après quelques instants de communion avec la nature, il est temps de démarrer et de prendre la route et encore une fois sous les instructions de ma co-pilote de talent nous nous dirigeons en direction de la tant attendue « Old Military Road ». C’est en découvrant cette route que je me suis dit qu’il y a des artistes aux pont et chaussées Irlandais, en effet nous sommes en présence d’un parfait ruban de tarmac parsemé de virage tous aussi délicieux les uns que les autres. Tout le monde en redemande, moi le premier !

Mais pour rallier l’Irlande du nord, je déchante, il nous faut malheureusement hausser le rythme et emprunter l’insipide autoroute M1.

Bienvenue au Royaume Uni : Kilkeel – Armagh – Belfast

Finis les kilomètres et les euros, place aux miles et à la livre Sterling, l’entrée en Irlande du nord se fait sans chichis, seul indice les panneaux de limitations qui indiquent 60 au lieu de 100. Difficile de croire que nous avons changé de pays… C’est pourtant le cas et nous le réalisons définitivement lorsque nous rencontrons les premières bannières britanniques flottant au vent. Nous arrivons à Kilkeel en fin de journée et décidons d’aller nous poser dans un pub, ou plutôt le seul pub ouvert que nous trouvons. Il ne nous inspire pas confiance mais nous entrons, nous sommes en tout 6 en comptant la montagne derrière le bar. Le tavernier, un sosie de Kevin Spacey nous sert deux Guinness en nous causant avec un accent si fort que nous n’identifions aucuns mots. En voyant nos faces emplies de doute, il répète et nous nous acquittons de la note. Une fois remis de cette déferlante d’accent irlandais, nous entamons une tentative de discussion pour nous renseigner sur notre prochaine destination et finissons par aborder les radars. En effet, nous n’avons croisé aucune machine du diable depuis notre arrivée, du coup il nous explique qu’ils sont embarqués dans des fourgons mobiles et nous recommande gentiment de faire très attention sous peine d’avoir une amende salée ! Nous repartons (à pied) du pub après quelques verres et une sympathique discussion.

Le lendemain nous décidons de nous diriger vers Armagh par une route nationale plutôt agréable, mais une fois arrivés nous sommes face à un échec, c’est l’erreur de parcours. La ville considérée comme un haut lieu culturel irlandais ne nous fait pas vibrer. Heureusement, la voiture n’a même pas eu le temps de refroidir et nous décidons de repartir en direction de Belfast après un rapide tour de ville.

La circulation devient de plus en plus dense au fur et à mesure que nous approchons la capitale d’Irlande du nord et je commence à me poser la question cruciale en ville, celle du stationnement. Mais c’est sans compter sur le talent naturel de ma copilote qui a pensé à tout et nous a dégoté une auberge de jeunesse avec parking en plein centre-ville (oui je sais elle est exceptionnelle). Nous laissons donc l’auto pour explorer la ville à pied. Nous parcourons Belfast en long, en large et en travers, du musée Titanic aux pubs multi centenaires, tout y passe ! La ville est agréable, nous décidons d’y passer deux nuits pour mieux en profiter.

Au nord du nord :
The Gobbins – La chaussée des géants – Côte nord

Après cette halte citadine, nous ressentons le besoin de reprendre la route, le ruban d’asphalte me manque et il nous reste bien des routes à explorer ! Pour la suite, direction le nord via la route côtière A2, on décapsule la Honda pour profiter du beau temps et on file vers « The Gobbins », une via ferrata à flanc de falaise qui vaut le détour. Mais c’est quand même sur la route que je prends le plus de plaisir, les tracés sont de pures œuvres d’art et le paysage vient sublimer le tout. A certains moments, j’éprouve un sentiment d’extase si profond que rien ne me ferait décoller les mains du volant ou les yeux de la route. Les visites de lieux emblématiques comme la chaussée des géants sont certes impressionnantes et culturellement enrichissantes mais il me tarde toujours de me réinstaller au poste de conduite, comme une drogue, je deviens accro…

Nous achevons notre courte incursion au Royaume Uni par la côte nord et Derry où il est quand même venu le temps de laver la bien nommée Dirty Del Sol. Ma navigatrice s’empresse de nous trouver une station-service « décente » sur notre route, ce qui est parfois assez compliqué. Nous décidons de nous stopper à une Circle K qui semble correcte, nous allons à la pompe pour faire le plein, et là un jeune homme à casquette sort d’une petite guitoune et se dirige vers nous. Notre regard suspicieux doit se voir à 1 mile, mais il ne se démonte pas et me demande quel carburant je désire, je lui montre le pistolet de 95 et il s’en saisit sans sourciller. Il ne se doute pas qu’il est en train de me voler mon rituel, faire le plein de sa voiture c’est sacré ! Malgré cet affront, je le remercie, il me dit d’aller payer à l’intérieur et s’empresse de retourner dans son abri de fortune. Pendant que Mélanie va payer et demander des jetons, je déplace la voiture pour la positionner dans l’aire de lavage. Là c’est la déception, les installations sont en piteux état et n’inspirent guère confiance. Je me fais à l’idée, ça fera bien l’affaire, je débarrasse donc la voiture de son manteau de crasse accumulée depuis le début de notre périple et en profite pour ajuster la pression de pneus. Nous repartons sous la pluie en direction de l’Irlande, la vraie !

« J’éprouve un sentiment d’extase si profond que rien ne me ferait décoller les mains du volant ou les yeux de la route. »

« J’éprouve un sentiment d’extase si profond que rien ne me ferait décoller les mains du volant ou les yeux de la route. »

Retour en Irlande : Côte nord-ouest – Achill Island

Après avoir parcouru les alentours de Donegal et poursuivi notre route jusqu’à Ballina, nous reprenons la route et cette fois-ci je cède le volant à Mélanie pour qu’elle puisse profiter des belles routes irlandaises, c’est la première fois qu’elle conduit à gauche mais elle s’adapte très vite et ne tarde pas à trouver son rythme. C’est l’occasion pour moi d’admirer plus sereinement le paysage, je ne suis pas aussi efficace qu’elle sur la navigation mais je fais de mon mieux. Nous nous arrêtons déguster un « full irish » à Mulranny avant de continuer, le temps est maussade mais nous sommes confiants, ici ça ne dure jamais longtemps. Une fois bien remplis par ce petit déjeuner local, je reprends le volant et nous quittons la ville. Nous traversons la presqu’île par le sud, sur une route certes étroite et au revêtement assez aléatoire mais le paysage rattrape le coup et rend l’ensemble finalement plutôt agréable. Nous traversons le pont qui relie Achill Island à l’île principale et roulons jusqu’à Keel Beach où nous faisons une petite pause avant d’attaquer la section qui nous mènera à Keem Bay. Et quelle section ! Se terminant par une plage de sable fin et des eaux turquoise, cette route est tout simplement sublime ! Il faut juste être tolérant avec les quelques moutons qui se croient chez eux… et traversent les routes sans crier BEEEH ! Et pour ne rien gâcher cette route est un aller-retour, pour deux fois plus de plaisir (et de moutons).

Pour repartir de l’île nous empruntons la route du sud, sur la côte sauvage, qui porte d’ailleurs bien son nom tant le littoral y est déchiqueté. Notre optimisme météorologique disparaît peu à peu, il pleut toujours, les conditions complètent le tableau et ne font que rendre l’ensemble plus rude, plus hostile, mais plus humide aussi ! Le toit de la Del Sol commence à montrer quelques signes de fuite, heureusement ma copilote aux réflexes aiguisés ne laisse aucune goutte lui échapper. En poursuivant notre route nous croisons encore et toujours des moutons, qui eux ne craignent en rien la pluie et n’hésitent pas à se coucher en plein milieu de la route. Mais soudainement, nous voyons des ovidés surexcités sur le flanc de la colline à notre gauche, nous ne posons pas plus de question et continuons, jusqu’au moment où trois d’entre eux se retrouvent à vouloir traverser la route et nous avec. Au dernier moment, j’ai le réflexe d’accélérer pour les devancer et ainsi les éviter mais nous avons eu chaud, très chaud ! Nous ne comprendrons que quelques secondes plus tard en voyant un éleveur sur le bord de la route que celui-ci était en train de rassembler son troupeau.

Laissez-moi vous dire que cet épisode propulsa instantanément les moutons comme danger numéro un des routes irlandaises.

Merci Michel : Connemara – Galway

En tant que français on ne pouvait pas se permettre de rater le Connemara, devoir patriotique oblige ! Ma copilote a même cru bon de nous remettre la chanson sur la route histoire d’être dans l’ambiance… Heureusement qu’elle est douée en navigation. En parlant de navigation, elle s’est encore une fois surpassée et a concocté un itinéraire sur deux jours qui nous fera passer par presque toutes les routes du coin ! Je vous le dis, elle a du talent. Je pourrais moi aussi écrire une chanson sur le Connemara, tellement nous avons été soufflés par les routes et les paysages entre lacs et montagnes. Dommage que certaines routes au revêtement plus que déplorable viennent entacher ce tableau idyllique.

Car oui voilà un constat que nous avons pu faire depuis le début de notre périple, les routes sont plutôt inégales en terme de qualité de revêtement, et les trous sont légions sur certains tronçons. J’en suis venu à me demander si mes suspensions étaient en cause. En tout cas, prévoyez une petite visite chez l’osthéo à votre retour, ça pourrait s’avérer nécessaire.

Après deux jours d’extase routière, il est temps pour nous de nous diriger vers la prochaine grande ville sur laquelle nous fondons de grands espoirs quant à l’ambiance et bien sûr les pubs : Galway. C’est la ville incontournable du coin et nous sommes bien décidés à découvrir pourquoi ! En arrivant nous garons la voiture au B&B et allons parcourir la ville à pied pour sonder l’ambiance, nous sommes conquis, malgré les nombreux touristes l’ambiance reste typiquement irlandaise et les pubs sont légions. Après avoir arpenté les rues nous décidons de nous mettre à la recherche du pub parfait, c’est devenu une habitude et ça commence à nous inquiéter… Mais l’inquiétude est bien vite submergée par une Stout (bière noire) locale, nous en profitons pour établir nos plans pour les jours qui suivent.

Après une courte mais reposante nuit, nous décidons de quitter Galway car il nous reste pas mal de kilomètres à avaler et les jours passent vite. Avant de partir nous passons faire le plein de rations de survie dans une supérette devant laquelle nous prenons aussi notre petit déj, le tout confortablement installés dans la Del Sol. C’est à ce moment-là qu’une passante s’arrête et fixe la voiture, je la vois, hésitante. Je sens qu’elle veut engager la conversation mais les plaques françaises la font hésiter, je lui lance donc un « hello » pour voir sa réaction, elle me répond instantanément et se rapproche elle me dit qu’elle aime bien la voiture et que son mari est passionné d’automobile. Elle me demande des détails sur la voiture, nous discutons une dizaine de minutes sur le trottoir, et elle finit par nous souhaiter un bon voyage et bonne route. Voilà le genre d’instants qui me fait apprécier autant la culture de l’automobile…

Best of falaises : Cliffs of Moher – Loop Head – Tralee

Le lendemain nous nous levons à l’aube pour éviter les hordes de touristes, et nous avons bien fait. Nous roulons sur des routes désertes, nous garons sur un parking complètement vide et avons les Cliffs of Moher pour nous seuls. Nous nous dirigeons ensuite vers Loop Head par des petites routes de campagne sur lesquelles roulent des gros tracteurs, nous ne faisons pas les malins et nous écartons gentiment de leur chemin. C’est là qu’avoir une petite voiture est un avantage !

Après une petite balade sur les falaises nous reprenons la route en direction de Tralee ou nous dormirons avant d’attaquer la Dingle peninsula.

Depuis le départ la voiture est vraiment un modèle de fiabilité et ne nous a réservé aucune surprise excepté quelques fuites mineures en cas de très grosses averses. Mais ce souci de frein est malgré tout toujours présent et je vérifie régulièrement s’il n’y a pas une chauffe excessive. Cela fait maintenant un moment que nous roulons, nous avons dépassé Limerick depuis quelques minutes, et c’est là que je sens cette odeur familière qui rentre dans l’habitacle par la vitre arrière qui est très souvent baissée. Je pensais être tranquille jusqu’à la fin, mais le souci d’étrier est de retour, nous nous arrêtons un peu avant Adare devant une maison au toit de chaume pour régler le souci et faire refroidir tout ça. C’est après avoir remédié au problème que je remarque la voiture garée devant la maison, c’est une belle petite Mercedes SL dont je m’empresse de tirer le portrait, comme quoi le hasard fait bien les choses ! Il est temps de repartir, nous arrivons à Tralee en début de soirée et nous couchons tôt pour mieux profiter du jour suivant.

Pour finir de nous convaincre : Dingle peninsula – Ring of Kerry – Cork

Après tout ce que nous avons déjà vu, toutes les routes que nous avons parcourues dans ce pays, nous avons déjà été plus que gâtés. Pourtant nous ne sommes pas préparés à ce que nous allons découvrir…

Nous quittons Tralee pour nous avancer sur la péninsule de Dingle, les routes sont cette fois-ci plutôt en bon état et le tracé est magnifique, je m’amuse à malmener l’auto et elle me le rend bien. La copilote est rodée et m’annonce efficacement les virages difficiles et les changements de limitation, le trio marche bien et nous faisons peu de haltes tant la route nous captive. Une fois arrivés à Dingle nous filons jusqu’à Sybil Head, un des lieux de tournage de Star Wars. La Del Sol nous amène au plus près, mais malgré sa bonne volonté je me décide à m’arrêter au début d’un chemin qui me semble peu praticable. Nous continuons à pied, le geek qui sommeille au fond de moi est comblé, mais pas seulement, le lieu est si impressionnant que nous restons là à admirer la vue pendant près d’une heure ! Pour couronner le tout nous sommes complètement seuls.

Le retour vers Dingle se fait par la sublime Slea Head Drive, une route côtière impressionnante qui à elle seule mérite le détour. Il fait un temps parfait et nous roulons les cheveux au vent, et grâce à la jugeotte de la copilote nous sommes à contre sens du gros de la circulation. Les virages s’enchaînent jusqu’au retour à Dingle et je suis déçu que ça ait été si court, mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Sur les ordres de Mélanie, je bifurque, le panneau indique Conor Pass, malgré moi je souris, et à juste titre. La montée vers le col est un enchaînement de petits virages ouverts et de courbes déliées qui incitent à faire parler la poudre, je m’exécute, la voiture répond parfaitement et nous arrivons au sommet avec le sourire et une vue à couper le souffle. La descente qui suit est elle aussi une pépite, j’use des freins avec parcimonie et les transitions se font sans à-coups, nous nous arrêtons pour admirer le paysage une fois de plus et reprenons la direction de Tralee.

La liaison Tralee – Killarney est vite avalée. La ville nous servira de point de départ pour cette dernière partie de l’exploration de la côte ouest. Le but étant de se lever aux aurores pour profiter de la lumière du matin, nous ne trainons pas et allons nous coucher assez tôt. 4h30 du matin, le réveil sonne, on remballe nos affaires, on fourre tout dans le coffre et on va faire le plein de 95 et de café. Pas de temps à perdre, le soleil n’attend pas ! Les premiers kilomètres de routes se font dans la forêt du parc national et la prudence est de mise, car nous ne sommes pas seuls à être réveillés à cette heure matinale, les bas-côtés fourmillent de vie. Biches, cerfs, lapins… je préfère rouler tranquillement et profiter du calme ambiant. Le lever du soleil nous offre un superbe spectacle et chaque lac devient un miroir aux reflets dorés, nous nous arrêtons souvent pour apprécier la vue offerte par le paysage vallonné. La route quant à elle, est tout droit sortie d’un rêve, déserte de toute circulation, alternant les virages serrés et les longues courbes, le tout entouré de paysages magiques. En parlant de magie, avoir le Gap of Dunloe pour soi est un des avantages de s’être levés tôt. Cette route est si étroite que seule une voiture peut y passer, les croisements se faisant à l’aide de refuges disséminés le long du chemin.

Le Ring de Kerry aura fini de nous faire tomber amoureux de l’Irlande et de ses routes. Il est maintenant temps de rejoindre Cork, notre dernière destination dans laquelle nous ne resterons qu’une nuit avant de reprendre le ferry pour Roscoff. La pluie nous accompagne durant toute la route et la nostalgie du road trip nous envahit déjà. Je gare une dernière fois la voiture, nous cherchons notre dernier pub du soir, nous buvons nos dernières pintes de Guinness… L’heure est venue de quitter ce pays qui nous aura fait vibrer, ces routes de rêve et sa culture fascinante. Dirty Del Sol aura encore une fois su se montrer à la hauteur malgré son léger handicap et que dire de Mélanie ma copilote de luxe, elle aura été encore une fois parfaite.

Il nous reste encore beaucoup de routes à explorer et tant qu’il y aura de l’essence nous continuerons à en profiter.